mercredi 12 octobre 2016

Arigatou - ありがとう (Fr)

Pour les 10 ans en Major de ses créateurs, Ikimonogakari (いきものがかり), je vous présente une de leurs chansons emblématiques, Arigatô qui, vous le savez sûrement, signifie "Merci" 😉 . Mais à qui donc s'adressent ces remerciements, et de la part de qui ? Enfin, pourquoi cette chanson-là plutôt qu'un autre des nombreux titres homonymes a marqué la culture japonaise ?

Arigatô - ありがとう

L'Epouse du Yôkai



1ère publication: 11/10/2016
Dernière Mise à Jour: 12/10/2017

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Histoire


Ce titre de 6 minutes fut composé par Mizuno Yoshiki (水野良樹), le leader et joueur de guitare électrique du groupe, produit et arrangé par Honma Akimitsu (本間昭光) en 2010. Il s'agit en fait d'une commande pour le générique d'un "drama" (série) matinal produit par la NHK intitulé GeGeGe no Nyôbô 『ゲゲゲの女房』, que l'on pourrait traduire par "L'Epouse du Repoussant", diffusé de mars à septembre. Le producteur en chef du drama, Mr Taniguchi, était en effet un fan d'Ikimonogakari.
Ce drama est basé sur l'autobiographie de Mura Nunoe (武良 布枝), sortie en 2008 et grand succès populaire (plus de 500 000 exemplaires vendus à l'époque). Bien que ce fut sa première œuvre, il faut dire que Mura Nunoe n'est autre que la femme d'un des plus célèbres mangakas de l'époque, Mizuki Shigeru (水木 しげる), Mura Shigeru de son vrai nom ! 
Nunoe, née Iizuka (飯塚) dans une famille de commerçants, est chargée d'aider sa grand-mère, tandis que ses sœurs vivent leur vie, jusqu'en 1961 où celle-ci décède. Sa famille va alors s'employer à lui trouver un mari, mais pour l'époque, à 36 ans, il est déjà bien tard. Un oncle lui fait ainsi rencontrer Shigeru, et ils décident de se marier à peine quelques jours après !

Gegege no Nyobo / Japanese TV Series
(sans sous-titres)

Shigeru n'est pas encore le célèbre auteur que tout le monde connaît (ou se devrait de découvrir, dans la suite de cet article ;-p ). En réalité, il n'a, à l'époque, rien du bon parti que recherchent les bonnes familles, mais il est peut-être aussi moins regardant quant à l'âge des fiancées potentielles. En effet, né en 1922 près d'Osaka, il fut enrôlé à 20 ans dans l'armée et envoyé en garnison sur l'île de Nouvelle-Bretagne en Papouasie-Nouvelle Guinée, où il perdit son bras gauche lors d'un bombardement. Une amputation d'autant plus handicapante qu'il était gaucher ! Il tente alors d'oublier la guerre en intégrant une tribu locale, mais est finalement renvoyé au Japon.
Après la guerre, il occupe divers petits boulots tout en s'entraînant à écrire et dessiner de son bras droit. Il se lance en 1957 dans la réalisation de manga et kamishibai, sorte de théâtre de rue utilisant des supports dessinés, avec pour thèmes notamment la guerre et les Yôkai, créatures plus ou moins monstrueuses du folklore japonais, auxquelles il s'intéresse depuis son enfance à Sakaiminato dans la préfecture de Tottori.

Lorsqu'il épouse Nunoe, il peine à joindre les deux bouts, mais il vient de commencer ce qui sera son œuvre populaire maîtresse : GeGeGe no Kitarô (ゲゲゲの鬼太郎 : traduit en VF en Kitarô le Repoussant), continuation d'une série de kamishibai et de manga intitulée Hakaba no Kitarô (Kitarô, du cimetière), qu'il adapte à un public plus jeune. Kitarô est un demi-yôkai borgne qui utilise ses pouvoirs pour préserver la paix entre Yôkai et Humains. Mizuki Shigeru a ainsi inspiré nombres d'œuvres modernes d'Inuyasha à Yôkai Watch.
Devenu un ardent pacifiste, Shigeru a aussi donc beaucoup écrit sur la guerre: biographie d'Hitler en manga, autobiographie de sa période à Rabaul, où il est retourné en 2003 et où une rue porte son nom, et également une courte série en 1991, War and Japan, en réponse aux thèses révisionnistes de Mrs Je-sais-tout qui, curieusement, n'ont pas fait la guerre, eux...
Il connaît la consécration en 1968,  puisque GeGeGe no Kitarô est alors adapté une première fois en animé (par le futur célèbre co-fondateur de Ghibli, Takahata Isao) ! Il a également reçu plusieurs récompenses pour ses autres œuvres : le prix du manga du magazine Kôdansha en 1965 et 1989, les prix du meilleur album et du Patrimoine du Festival d'Angoulême, et plusieurs distinctions japonaises (Mérite culturel, Ordre du Soleil-Levant...). Il est décédé le 30 novembre 2015.

Ge-Ge-Ge est une onomatopée désignant un caquetage désagréable. Shigeru se trouvait aussi repoussant que ses yôkai. Ceux-ci ont pourtant connus une belle postérité, puisque la ville de son enfance, Sakaiminato a même décidé de décorer sa principale avenue de plus de 100 statues de bronzes les représentant, ainsi que l'auteur et sa femme, bénéficiant ainsi du pèlerinage de la part des fans du manga ! On y trouve aussi un musée consacré à l'auteur. Ses 2 filles s'occupent de gérer son œuvre.
Nunoe a écrit 2-3 autres livres par la suite. Son autobiographie est surtout centrée sur ses 1ères années de mariage dans la pauvreté. Si elle a épousé si vite Shigeru, c'était plus par raison, pour ne pas rester seule, et car il avait l'air gentil. Mais les difficultés financières et le manque de confiance en lui de son mari constituent d'abord une véritable épreuve et elle est tout près de le quitter. C'est de le voir travailler d'arrache-pied à ses œuvres, à son gagne-pain, dont elle remarque les qualités, qui la fait rester et finalement aimer et soutenir Shigeru. Il lui est même arrivé de participer à l'encrage et la mise en couleur lors des premiers rushs. Leur persévérance dans les épreuves a largement contribué à faire d'eux un couple modèle et romantique.


Voilà donc d'où viennent le titre et le succès du livre de Nunoe, et du drama. Et à travers Arigatô, le trio pop-rock Ikimonogakari a la rude tache de retranscrire ces sentiments. Voyons un peu ce que ça donne (si la vidéo officielle ci-dessous ne passe pas, essayez un extrait en section Discographie)...

Vidéo-clips

Chaîne officielle Sony Records, mis en ligne en 2016 pour la sortie du 2e Best of (version courte) puis reprise par Goose House:



Paroles et romaji

(Livret du Members Best Selection).

“ありがとう” って伝えたくて あなたを見つめるけど
"Arigatô" tte tetsutaetakute, anata wo mitsumeru kedo
繋がれた右手は 誰よりも優しく ほら この声を受け止めてる
Tsunagareta migi te wa, dare yori mo yasashiku, hora, kono koe wo uketometeru

まぶしい朝に 苦笑いしてさ あなたが窓を開ける
Mabushii asa ni, nigawarai shite sa, anata ga mado wo akeru
舞い込んだ未来が 始まりを教えて またいつもの街へ出かけるよ
Maikonda mirai ga, hajimari wo oshiete, mata itsumo no machi he dekakeru yo
でこぼこなまま 積み上げてきた ふたりの淡い日々は
Dekobokona mama tsumiagetekita, futari no awai hibi wa
こぼれたひかりを 大事にあつめて いま輝いているんだ
Koboreta hikari wo, daiji ni atsumete, ima kagayaiteirunda

“あなたの夢” がいつからか “ふたりの夢”に変わっていた
"Anata no yume" ga itsu kara ka, "Futari no yume" ni kawatteita
今日だって いつか 大切な 瞬間(おもいで)
Kyô datte, itsuka, daisetsuna, omoide*
あおぞらも 泣き空も 晴れわたるように
Aozora mo, nakizora** mo, harewataru yô ni

“ありがとう” って伝えたくて あなたを見つめるけど
"Arigatô" tte tetsutaetakute, anata wo mitsumeru kedo
繋がれた右手が まっすぐな想いを 不器用に伝えている
Tsunagareta migi te ga, massuguna omoi wo, bukiyô ni tsutaeteiru
いつまでも ただ いつまでも あなたと笑っていたいから
Itsumademo, tada itsumademo, anata to waratteitai kara
信じたこの道を 確かめていくように いま ゆっくりと 歩いていこう
Shinjita kono michi wo, tashikameteiku yô ni, ima, yukkuri to aruiteikô

ケンカした日も 泣きあった日も それぞれ彩(いろ)咲かせて
Kenka shita hi mo, naki atta hi mo, sorezore iro*** sakasete
真っ白なこころに 描かれた未来を まだ書き足していくんだ
Masshirona kokoro ni, egakareta mirai wo, mada kakitashiteikunda

誰かのために生きること 誰かの愛を受け入れること
Dareka no tame ni ikiru koto, dareka no ai wo ukeireru koto
そうやって いまを ちょっとずつ 重ねて
Sô yatte, ima wo, chotto zutsu, kasanete
喜びも 悲しみも 分かち合えるように
Yorokobi mo, kanashimi mo, wakachiaeru yô ni

思いあうことに幸せを あなたと見つけていけたら
Omoiau koto ni shiawase wo, anata to mitsuketeiketara
ありふれたことさえ 輝きをいだくよ ほら その声に 寄り添っていく
Arifureta koto sae, kagayaki wo idaku yo, hora, sono koe ni, yorisotteiku

“あいしてる” って伝えたくて あなたに伝えたくて
"Aishiteru" tte tsutaetakute, anata ni tsutaetakute
かけがえのない手を あなたとのこれからを わたしは 信じているから
Kakegae no nai te wo, anata to no kore kara wo, watashi ha shinjiteiru kara
“ありがとう”って言葉をいま あなたに伝えるから
"Arigatô" tte kotoba wo ima, anata ni tsutaeru kara
繋がれた右手は 誰よりも優しく ほら この声を受け止めてる
Tsunagareta migi te ha, dare yori mo yasashiku, hora, kono koe wo uketometeru

Traduction personnelle

"Merci", c'est ce que je voudrais transmettre. Je te couve du regard mais,
De ta main droite que je tiens, plus douce que celle de quiconque, allez, reçois ce message !

Dans le matin éblouissant, d'un sourire amer, tu ouvres la fenêtre.
L'avenir qui nous a été soudain donné nous a enseigné le début, mais nous sortons toujours dans le même quartier.
Notre pâle quotidien à deux s'est accumulé clopin-clopant.
Notre lumière renversée, nous l'avons rassemblée avec soin, et désormais elle commence à resplendir.

Imperceptiblement, "Ton rêve" est devenu "Notre rêve".
Aujourd'hui même, les jours prochains, les instants précieux,
Le ciel bleu, le ciel chagrin, que tout devienne radieux !

"Merci", c'est ce que je voudrais transmettre. Je te couve du regard mais,
Ta main droite que je tiens transmet gauchement cette pensée sincère.
Parce que je voudrais pour toujours, simplement pour toujours, rire avec toi,
Ce chemin en lequel j'ai cru, à présent parcourons-le tranquillement pour voir où il mène.

Les jours de dispute, les jours de chagrin aussi, font éclore milles couleurs.
Dans nos cœurs vidés, l'avenir que l'on a esquissé continue de se peindre.

Pour qui vivre ? De qui accepter l'amour ?
Se lancer, superposer petit à petit les instants présents,
Et pouvoir ainsi partager les joies et les peines.

Si je peux trouver le bonheur avec toi en prenant soin l'un de l'autre,
Même les choses banales deviendront brillantes. Allez, blottis-toi contre cette voix.

"Je t'aime", c'est ce que je voudrais transmettre, te transmettre à toi,
Parce que je crois en l'avenir avec toi et en ta main irremplaçable.
"Merci". Parce que je peux enfin te transmettre ce mot,
De ta main droite que je tiens, plus douce que celle de quiconque, allez, reçois cette parole.

Notes d'interprétation

omoide* : lecture indiquée pour les kanji 瞬間, lus normalement shunkan, ce qui signifie instant
nakizora** : néologisme signifiant littéralement "ciel en pleurs" ; semble correspondre parfaitement à l'expression "ciel chagrin" ^^.
iro*** : kanji 彩 du mot 彩色 (saishiki: coloration, mise en couleur), peut-être une allusion à l'aide apportée par Nunoe à Shigeru...

Tsunagareta migi te: te wo tsunagu se traduit par se tenir par la main, mais tsunagu veut aussi dire connecter, relier ; je pense que la tournure particulière ici peut donc aussi faire référence au fait que Shigeru, gaucher, a dû se "réapproprier", "reconnecter" sa main droite après son amputation du bras gauche.

Anecdotes, Postérité


Ce PV a été tourné dans le Cliffside Ballroom à Yokohama (le quartier Motomachi près du port et de la China Town), construit en 1946. Cela permet de se replonger facilement dans l'ambiance des années 60 et donc du drama.
Il existe une version 3D du clip, qui a été diffusée au cinéma pendant une semaine après sa sortie.

Le single, le 18e du groupe qui est déjà bien apprécié du public, sort le 5 mai 2010, jour de la Fête des Enfants, et... il se classe 2e à l'Oricon hebdomadaire, où il va rester plus d'un an dans le Top 100, dépassant le million d'unité !
Il apparaît ensuite dans le premier Members Best Selection (disque 2, piste 9) sorti en novembre de la même année et, de ce fait, il a la particularité de ne jamais être sorti dans un album normal ! Le Best of s'est vendu lui-même à plus de 1.5 millions d'unités, démarrant 1er au Top Oricon hebdo et y restant aussi plus d'un an ! Le groupe entame sa 1ere tournée nationale des grandes salles de type Arena dans la foulée.
En décembre 2010, les Japan Record Awards désignent Arigatô à l'un des Best Song Awards, et MTV Japan lui attribue l'Award du vidéo clip de l'année, tandis que Hajimari no uta, sorti en décembre de l'année précédente est sacré meilleur album des JRA ! Le 31 décembre 2010 finit en apothéose avec une nouvelle invitation au Kôhaku, où le trio entonne "évidemment" Arigatô !

Bénéficiant certes du succès populaire du drama, le titre ajoute ses propres qualités pour devenir un hit incontournable de la musique pop japonaise. A l'instar de titres comme YellMirai Yosozu II... il bénéficie d'une intro au piano immédiatement reconnaissable. Le mot "Arigatou" tire parti de sa décomposition en 5 hiragana (le ô long est un o suivi d'un u) pour être porté par le début de gamma simplissime do-ré-mi-fa-sol.
Par contre la complexité des paroles, qui changent d'un refrain à l'autre, une des marques de fabrique du groupe, ne la rend pas aussi populaire dans les karaokés ^^'. 
Les paroles, justement, sont à la fois très imagées et référencées, mais aussi suffisamment générales pour que chacun puisse s'y identifier. Le thème du remerciement peut servir autant pour les mariages que les cérémonies de départ, comme le reconnaissait Mizuno Yoshiki dans une interview TV.
En 2013, d'ailleurs elle intègre le manuel de musique des lycées en tant que chant de chorale ; elle est en effet chantée régulièrement dans les cérémonies de fin d'étude ("sotsugyô"), en mars-avril, en remerciement envers les professeurs et camarades.
Pour cette raison, elle apparaissait encore dans le Top 100 de Music Station des chansons les plus évocatrices du printemps en 2016. Elle était également classée 33e dans le Top 100 des chansons les plus marquantes (incluant des titres internationaux) en 2016.

La mélodie est aussi utilisée depuis 2012 en gare de Chôfu (調布) à Tokyo, sur la ligne Keiô (京王線), en hommage à son apparition dans le drama.

Le 31 décembre 2015, pour le 66e Kôhaku de la NHK (voir l'article ici), alors que Golden Girl était annoncé, le trio réinterprète Arigatô en hommage à Mizuki Shigeru décédé fin novembre. C'est le 1er de leur titre à y être interprété plus d'une fois.
En août et septembre 2016, pour les 10 ans du groupe, elle sert de chanson d'ouverture des 4 grands concerts qu'ils donnent, et également de dernière chanson bonus du rappel du dernier de ces concerts, pour remercier les fans.


Interprètes notables (Main performers)


Si la vidéo officielle n'est disponible dans votre région, vous pouvez retrouver des extraits audio via les liens ci-dessous (affiliation CD Japan).
Ikimonobakari -Members' BEST Selection- / Ikimonogakari
Ikimonogakari : groupe auteur et interprète originel, aux multiples succès ; présentation complète ici.

Scene25 - Best of Nao Matsushita / Nao Matsushita
Matsushita Nao: pianiste, l'actrice du drama en a interprété le générique en version instrumentale en 2010 dans son 『Scene25 〜Best of Nao Matsushita』. Une de ses performances a été projetée avec des extraits du drama lors de l'interprétation d'Ikimonogakari au Kôhaku 2010.

Goose House: le collectif connu notamment pour un générique de la version dessin-animé de Your lie in April, amateur à l'époque, l'avait repris sur sa chaîne YouTube dans une version masculine en 2010 (www.goosehouse.jp). Voir les clips ci-dessus.

Shikisai no Syujinkou / Yoshimi Iwasaki
Iwasaki Yoshimi (岩崎良美) : L'ex Idol des années 80, et qui a notamment chanté le générique éponyme de l'animé Touch (Théo ou la batte de la victoire en VF), l'a interprété dans un album de reprises "à la demande", 『色彩の主人公』, en 2011. Une version plus lounge ou variété.

Sakura Maya (さくらまや) : la plus jeune chanteuse pro d'Enka (à 10 ans) à l'époque, et actrice, l'a aussi interprétée dans un album de reprises (en 2012 à l'âge de 14 ans), 『まや☆カラ カラオケクイーンさくらまやと歌おう!!』. Version très fidèle.

Heart Song / Chris Hart
Chris Hart: le populaire crooner Afro-américain, qui vit au Japon, l'a repris en 2013 dans son 1er album de reprises 『Heart Song』. Version assez fidèle.



Liens

Site officiel Ikimonogakari

Autres sources: Music Station, journaux télés, Kôhaku 2015 de la NHK, Wikipédia japonais (et photos de GeGeGe no Kitarô et de la statue)...

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