lundi 10 août 2015

Ye Lai Xiang - 夜来香 (Fr)

En contrepoint de mon article sur Shinda onna no ko, je vais vous parler d'une chanson d'amour que l'on pourrait sans doute qualifier de Lili Marlene japonaise de par son histoire qui se fond dans celle de la guerre sino-japonaise et de par le destin hors du commun de sa 1ère interprète aux multiples alias, Yamaguchi Yoshiko ou Li Xianglan... 

Ye Lai Xiang - 夜来香

Lili et la Tubéreuse au Crépuscule


English version here.
1ere publication: 09/08/2015.
Dernière MaJ: 08/08/2017.

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Histoire
Enregistrement
Paroles
Traduction personnelle
Anecdotes, postérité
Interprètes notables
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Histoire :

A l'image de Lili Marleen, chanson d'amour allemande née à la veille de la Seconde Guerre mondiale d'un poème datant... de la Première Guerre mondiale et ayant connue une renommée aussi grande du côté nazi que du côté des Alliés (grâce à l'exilée politique Marlene Dietrich), Ye Lai Xiang, chanson en chinois chantée en 1944 par... les occupants Japonais, porte aussi une aura tout en clair-obscure, finalement rachetée par la trajectoire politique que prendra sa chanteuse... 
Yamaguchi Yoshiko (山口 淑子) est en effet née en 1920 en Mandchourie, encore chinoise à ce moment-là, de parents japonais et reçoit des prénoms chinois de la part d'amis chinois de son père, qui deviendront ses premiers noms de scène. C'est ainsi sous le pseudonyme de Li Xianglan, retranscrit Ri Kôran (李香蘭) en japonais qu'elle débute sa carrière d'actrice dans des films de propagande japonais à destination du public chinois. Elle s'installe ensuite à Shanghai où elle devient également une chanteuse très célèbre, considérée comme l'une des "Seven Great Singing Stars" chinoises de l'époque (Qi Da Gexing). Arrêtée à la fin de la guerre, considérée comme une traîtresse chinoise, elle échappe de peu à la peine de mort du fait de sa nationalité réelle et déménage au Japon où elle poursuit sa carrière. Elle épouse un diplomate installé un temps en Birmanie, puis finalement s'engage elle-même en politique, où elle n'aura de cesse d’œuvrer à la réconciliation sino-japonaise et à la reconnaissance des "femmes de réconfort" (plus de détails ici).

Un de ses plus grands hits est donc "Ye Lai Xiang" (夜來香), du nom chinois de la tubéreuse. Il s'agit d'un air inspiré sorte de rumba à grande amplitude de gamme, qu'elle a aussi interprétée en japonais (avec la prononciation Ye rai shan). La tubéreuse produit un parfum capiteux surtout le soir (d'où l'écriture en kanji) ; on lui prête des pouvoirs aphrodisiaques. Dans la chanson, le parfum rappelle d'anciennes histoires d'amour, ce qui rend nostalgique l'interprète, et tout lui semble un peu triste, de la brise au chant du rossignol.

Composée par Li Jinguang, elle fut chantée pour la première fois en 1944 en chinois par Yamaguchi, puis traduite en japonais par Saeki Takao (佐伯孝夫) en 1951 (les 2 versions sont dans la vidéo ci-dessous). Remarquablement difficile à chanter techniquement, son auteur ne trouve d'abord personne pour l'interpréter, jusqu'à la visite de Yamaguchi qui l'essaye et la réussit très bien. Elle servira dans la bande-son du film du même nom où jouera aussi la chanteuse.
Elle sera un temps interdite en Chine communiste en tant que chanson décadente et bourgeoise et bien sûr avant tout pour son rapport à l'occupation japonaise, mais reviendra en chinois grâce à des chanteuses taïwanaises notamment.

Enregistrement:






Paroles (version japonaise) et romaji :


あわれ春風に 嘆くうぐいすよ
Aware harukaze ni nageku uguisu yo
月に切なくも 匂う夜来香(イェライシャン)
Tsuki ni setsunaku mo niou Ye Rai Shan
この香りよ
Kono kaori yo
長き夜の泪 唄ううぐいすよ
Nagaki yoru no namida utau uguisu yo
恋の夢消えて 残る夜来香
Koi no yume kiete, nokoru Ye Rai Shan
この夜来香
Kono Ye Rai Shan
夜来香 白い花
Ye Rai Shan, shiroi hana
夜来香 恋の花
Ye Rai Shan, koi no hana
ああ 胸いたく 唄かなしい
Aah ! Mune itaku, uta kanashii


あわれ春風に 嘆くうぐいすよ
Aware harukaze ni nageku uguisu yo
つきぬ思い出の 花は夜来香
Tsukinu omoide no Hana wa Ye Rai Shan
恋の夜来香
Koi no Ye Rai Shan
あわれ春風に 嘆くうぐいすよ
Aware harukaze ni nageku uguisu yo
つきぬ思い出の 花は夜来香
Tsukinu omoide no, Hana wa Ye Rai Shan
恋の夜来香
Koi no Ye Rai Shan
夜来香 夜来香 夜来香
Ye Rai Shan x3

Traduction personnelle:

Une pauvre brise printanière apporte les lamentations d'un rossignol
Sous la lune, à l'odeur de la tubéreuse,  Ô vague à l'âme !
Ce parfum !
Le rossignol chante les pleurs des nuits interminables
Le rêve d’amourette s'efface, il reste (le parfum de) la tubéreuse
Cette "Ye Rai Shan".
Ye Rai Shan, fleur blanche
Ye Rai Shan, fleur des amourettes
Aah ! Cœur douloureux ! Triste chanson !

Une pauvre brise printanière apporte les lamentations d'un rossignol
Ye Rai Shan, fleur aux souvenirs inépuisables
Ye Rai Shan des amourettes
Pauvre vent de printemps, le rossignol se lamente

Ye Rai Shan, fleur aux souvenirs inépuisables
Ye Rai Shan x3

Anecdotes et Postérité

L'Histoire avec un grand H de la chanson éclipse toute anecdote supplémentaire. Le fait qu'elle ne soit pas rattachée à une image militaire ni à un film de propagande particulièrement marquée, et surtout l'attrait artistique de la chanson en lui-même, ont suffit pour faire perdurer sa renommée dans la zone culturelle chinoise, au point que la plupart des reprises célèbres suivantes seront le fait de chanteuses ou musiciennes chinoises et taïwanaises plutôt que japonaises. Il est heureux que Yamaguchi Yoshiko - Li Xianglan ait contribué, par son engagement suivant, à la réhabiliter un peu.

On notera que Ryôichi Hattori, grand compositeur de jazz, ryûkôka et kayôkyoku créa un spectacle inspiré par cette chanson, qu'il donna 3 jours d'affilés en juin 1945 à Shanghai.

Interprètes notables :

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Yamaguchi Yoshiko (山口 淑子) : (page détaillée ici) comme indiqué précédemment, elle fut sa première chanteuse, tant en chinois qu'en japonais. 
Densetsu no Utahime Li Xianglan no Sekai / Li Xianglan (Yoshiko Yamaguchi)
Li Xianglan (Yoshiko Yamaguchi)
Avril 2015: compilation en 2 disques sortie peu après son décès; inclus notamment les versions chinoise et japonaise de Ye Lai Xiang...

- Parmi les interprètes de la version chinoise, on trouve la célèbre Taïwanaise Teresa Teng, qui a eu beaucoup de succès au Japon aussi...

... ou récemment Joanna Wang.

- Au Japon, on notera le récent album de reprises de membres et ex-membres de la célèbre troupe de music-hall Takarazuka où elle est chantée par Takane Fubuki (高嶺ふぶき) :
REIJIN -Showa Era- / REIJIN (Takarazuka Revue OG)
REIJIN (Takarazuka Revue OG)

Liens


Sources : Japantimes.com, Straitstimes.com, uta-net.com (kanji), Wikipédia

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